FOURE

En 1991, par le plus grand des hasards, Guy Fouré prend le taureau pour modèle alors qu’il s’entraîne sur un logiciel graphique. Sans le savoir, il vient de commettre l’irréversible premier pas vers cet animal pétri de force, de
détermination mais aussi, d’une insoupçonnable délicatesse.

Le taureau reste en veille durant de longues années, tandis que le designer s’exprime dans l’univers des communicants. Jusqu’au jour où l’urgence artistique s’impose à l’auteur et réveille la bête endormie. Reprenant son crayon, ses pinceaux et son modèle, Guy Fouré s’aventure au plus près de la masse frémissante. Fasciné par sa puissance douce et ronde, il en saisit les reliefs musculeux, les contours généreux, les vibrations, la grâce.
Guidé par l’inspiration de l’artiste, le taureau traverse en troupeau le grain soyeux d’un papier japonais. Sa force jaillit d’un trait de fusain. Sa flamboyance éclate sous la franchise de l’acrylique, sa noblesse se célèbre en feuilles d’or, sa sensibilité affleure sous la transparence de l’encre de Chine. Puis, devenant peu à peu un autre lui-même, l’animal se met à prendre toute la place. Délesté de sa matière, il s’incarne dans la démarche fondamentale de l’artiste. Il devient force pure et courage ; esprit, intention, message ; langage calligraphique s’imprimant sur le monde. Il devient souffle puissant qui guide la main de l’artiste ; mouvement lent et
sûr qui le fait avancer. Il devient l’ancrage terrestre et le sens de la vie, l’empreinte d’une mémoire ancestrale, l’espoir du lendemain. Il devient trace, essentialité, concept, calligraphie.
« Je voudrais honorer l’ancrage terrien du taureau dans un monde aux valeurs évaporées. Je voudrais que comme lui nous avancions sans nous trahir, sans jamais rien lâcher. Je voudrais qu’à son image nos sociétés
prennent conscience de la force du groupe. »